Donc, le Directeur informatique souhaitait partir au Canada. La condition pour que la hiérarchie, c.-à-d. le Directeur des Systèmes d’information du groupe, accepte son transfert, était que sa succession soit assurée.

J’avais fait mes preuves, en assurant la continuité de service lors congés et autres absences, mais aux yeux des grands patrons allemands j’étais trop jeune. Toutefois ma candidature étant portée par l’ensemble du comité de direction français, on m’autorisa à défendre ma cause, lors d’une visite au ‘Saint des Saints’. Ce ne fut pas un séjour d’agrément, mais je fus un bon avocat commis d’office, j’emportais le procès, je devenais donc Responsable Informatique de la filiale française.

Ce fut un plein temps, je me donnais entièrement à mon boulot ; week-end, soirées voir nuits, congés compris … heureusement que j’habitais à 400 m de mon lieu de travail !

Je faisais évoluer le réseau, introduisais la télématique, la bureautique, développais le nomadisme… le premier système HP3000 à architecture Risc installé en France fit son entrée après que j’en eu âprement négocié le prix et l’accord de ma hiérarchie.

En fait mes craintes du début s’étaient vite évaporées ; manager le service, le développer participer aux projets du groupe, monter des projets pour que l’informatique ne soit pas qu’un outil de remplacement mais devienne un outil de productivité et de confort, tout cela emporta rapidement le trac du départ. J’étais dans le rôle.

J’embauchais à mon tour, pour occuper la place que j’avais laissé vacante. J’ai souvenir d’une expérience assez troublante ; seulement un an avant je stressais lors de ce même entretien et là je tenais le rôle du grand Inquisiteur. Je me devais de privilégier l’intérêt de la société et ne pas prendre en considération l’état de besoin des candidats. Malgré de nombreuses autres expériences en tant que recruteur, je ne me suis jamais accommodé de ce pouvoir de vie et de mort sur une candidature, mais Je sais d’expérience que beaucoup d’autres, ressentent la même gêne quand ils font passer des entretiens.

Toutefois une chose dont je suis fier est que je n’ai jamais sacrifié un candidat, parcequ’il avait plus de diplômes ou d’expérience que moi.

La taille du service n’était pas très importante ; une opératrice, un analyste-programmeur et un responsable (moi). Lors d’une intégration ou d’un projet cette petite équipe était doublée, voir triplée par le renfort d’informaticien de la maison mère; chef de projets, analystes programmeurs, ingénieurs techniques, allemands ou autrichiens la plupart du temps, mais d’autre pays pouvaient être sollicités. J’eu également l’occasion de jouer les ‘renforts’ auprès de filiales européennes.

La société commercialisait des produits à fortes valeurs ajoutés, essentiellement en flux tendu. Le chiffre d’affaire était conséquent et la marge dégagée dépassait les 50%. Les moyens ne manquaient pas, les salaires étaient fortement motivants, l’ambiance de travail excellente, pour preuve les fêtes d’entreprise faisaient le plein !

Je me plaisais beaucoup dans cette entreprise, et pourtant je devais la quitter. Le directeur général rédigea un billet particulièrement gratifiant pour annoncer mon départ, après avoir accepté ma démission.

Je quittais la société 3 mois plus tard, le cœur gros, mais heureux tout de même de quitter la région parisienne pour rejoindre le Sud-ouest.

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